extrait de Faits historiques notables de la ville de Reichshoffen  
de
Bernard ROMBOURG     

 

LA BATAILLE DU 6 AOÛT 1870

 

"aux Cuirassiers dits de Reichshoffen " , voilà l'inscription que porte le monument érigé au-dessus de Morsbronn en souvenir de la fameuse charge du 6 août 1870. N'engageons pas la polémique sur la dénomination exacte de cette bataille. Les Allemands désignent l'ensemble des combats sous le nom de bataille de Froeschwiller-Woerth ; le général Bonnal, historien français et témoin oculaire ainsi que le pasteur Klein de Froeschwiller , auteur d'un ouvrage plus romancé, emploient l'expression " bataille de Froeschwiller " ; le quartier général du maréchal Mac-Mahon était situé au château du comte de Leusse et l'Etat-Major mentionnait dans ses rapports le nom de Reichshoffen, ce qui explique aussi pourquoi le manuel d'Eugène de Monzie, publié avec carte et pièces officielles en 1876, porte le titre « La journée de Reichshoffen ».

Il n'y a donc pas lieu de contester le lieu de l'engagement et de parler d'erreur historique, mais de mettre en relief ce fait d'armes par excellence de la guerre de 1870.

Certes, cette charge légendaire qui inspira les peintres et les poètes et fit frissonner d'orgueil la France entière, aura été une grave faute tactique, bien qu'elle ait aidé sur le moment, la droite de l'armée française. En définitive, le sacrifice de ces hommes n'a pas changé la face des événements, mais a sauvé l'honneur de l'armée française. Il n'est pas dans mon intention de narrer les péripéties de la bataille et particulièrement les assauts de Morsbronn et d'Elsasshausen ( car des charges épiques, il y en a eu deux : celle du général Michel à Morsbronn aux environs de 13 h 30 et celle de Bonnemains à Elsasshausen aux environs de 15 h 30) , cela a été souvent fait. Je me limiterai à quelques réflexions et citations visant essentiellement à comprendre l'état d'esprit de ces soldats, étourdis de courage, se sachant sacrifiés d'avance et qui néanmoins chargent comme en une folie sublime.

Ecoutons d'abord Mac-Mahon lui-même dans une proclamation à l'armée :

« Soldats, dans la journée du 6 août, la fortune a trompé votre courage ; mais vous n'avez perdu vos positions qu'après une résistance héroïque, qui n'a pas duré moins de 9 heures. Vous étiez 35.000 combattants contre 140.000, et vous avez été accablés par le nombre. Dans ces conditions une défaite est glorieuse, et l'histoire dira qu'à la bataille de Reichshoffen, les Français ont déployé la plus grande valeur. "En signant la longue liste des promotions dans la Légion d'honneur , l'Empereur disait " qu'il n'avait jamais signé aucun décret d'aussi bon coeur". Ce décret élevait les généraux Ducrot, de Lartigue, Du Postis de Houlbec et Michel au grade de grand officier. Il contenait en outre dix promotions au grade de commandeur, quarante-deux promotions à celui d'officier, cent quatre-vingt-quatorze nominations de chevaliers.. Un autre décret du même jour conférait la médaille militaire à deux cent trente-cinq sous- officiers et soldats. Il y a peu de victoires après lesquelles on ait distribué plus de médailles et de croix d'honneur qu'après la défaite du 6 août ; mais on conviendra, dit de Monzie, " que jamais aussi elles ne furent mieux placées que sur la poitrine de tous ces braves. ".

Devant le monument érigé en l'année centenaire 1970, ranimons avec émotion la cendre immortelle de tous les héros qui recouvraient le champ de bataille. Que ce carnage nous sensibilise et fasse naître, ou entretienne en nous un sentiment d'horreur à l'égard de la guerre.