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07/10/2010 04:16

Bas-Rhin / Veilleurs de châteaux

La nouvelle vie des ruines

     Après avoir fait ses preuves depuis 2003, le dispositif bas-rhinois d'accompagnement bénévole par des « veilleurs de châteaux » franchit une étape supplémentaire avec de nouvelles associations.

 

Bien sûr, il y a les exceptions, ces châteaux, comme ceux d'Ottrott, fermés au public, pour des raisons de sécurité. Mais le virage amorcé il y a 7 ans a changé la manière de voir les choses : « On tourne sur 12 associations pour 48 châteaux, en tout 80 bénévoles actifs. Chaque année, il y a une ou deux associations en plus et d'autres à l'horizon, au Guirbaden et au Bernstein », note avec satisfaction Mathias Heissler, architecte du patrimoine au conseil général du Bas-Rhin.
 Parmi les pionniers, Raoul Rohmer, président des Veilleurs de Salm, une association qui en peu d'années a aménagé un vrai chemin d'accès, dégagé les pierres de la végétation et consolidé des parties écroulées. « Avant on ne passait pas dans les orties et les ronces, maintenant c'est un vrai jardin archéologique », un travail qui rend plus compréhensible la vénérable ruine dominant la vallée de la Bruche. En 2003, des bénévoles de Scherwiller ont commencé à s'intéresser concrètement au château près du prestigieux Ortenbourg, et l'association les Veilleurs du Ramstein est née en 2009. Le château du Freudeneck, un gros tas de terre d'où ont été remontés murs et portes, bénéficie des soins d'une association présidée par l'infatigable Éric Stenger. Dans les Vosges du Nord, Jacques Bruderer préside l'association qui s'occupe avec une belle constance du château du Schoeneck.
 L'avantage d'une association ? Avoir plus de crédibilité au niveau des instances, communes et département, propriétaires forestiers et direction régionale des affaires culturelles.

Éveiller la curiosité

      L'idée d'un réseau d'associations de Veilleurs de châteaux fait d'ailleurs son chemin « pour partager les expériences, avoir un calendrier de travail, se retrouver lors des journées de débroussaillage... ». Et aussi pour que les bénévoles deviennent partenaires des futurs CIP, ces centres d'interprétation du patrimoine destinés (à Andlau autour des matériaux, bois et pierre, à Dehlingen pour l'archéologie) à éveiller la curiosité.
 Celle des scolaires, des Alsaciens ou des touristes amateurs d'histoire et de vieilles pierres. « On pourrait imaginer une logique d'échange, avec l'accueil par nos Veilleurs de volontaires qui participeraient ponctuellement aux petits chantiers sur les châteaux. »
 Une formule, vue d'un bon œil par l'agence de développement touristique, et qui pourrait être expérimentée sur deux ou trois sites en 2011. Rien de révolutionnaire : « On a déjà accueilli des groupes de scouts et des scolaires qui ont mis la main à la pâte et découvert une envie de faire. » Mathias Heissler voit là « une démarche citoyenne », expliquant qu'il y aura « toujours plus de gens qui iront sur des stades de foot » mais qu'un certain nombre deviennent fans des châteaux, pour peu qu'on leur donne accès au patrimoine.
 L'expérience a déjà été faite avec des jeunes du secteur du bâtiment, issus de la banlieue strasbourgeoise, et qui découvrent tout un univers : « Il faut restituer à la population le droit d'intervenir sur le patrimoine proche de chez elle ».
 Le cadre des Veilleurs de châteaux, avec l'expertise technique d'un architecte et d'autres acteurs professionnels ou amateurs ainsi que les subventions (voir encadré) a désormais fait ses preuves. L'expérience sert de déclencheur : « Au château d'Andlau, un des plus exposés, on n'a que des résultats positifs depuis le premier débroussaillage. Plusieurs centaines de jeunes sont passés sur le chantier avec Raoul Bock. S'ils font les caïds au début, à la fin ils se disputent pour faire les visites guidées ! Ils ont pris conscience qu'ils sont un des maillons de l'histoire ».
 La majorité des bénévoles qui s'engagent à se rendre régulièrement sur le site d'un château et à signaler les problèmes, sont des actifs entre 35 et 45 ans ainsi que de jeunes retraités. « On le voit aux Journées du patrimoine, les enfants à qui leurs parents font découvrir les châteaux sont fascinés. Ensuite ils restent intéressés mais ils papillonnent en général. Alors il faut penser au passage de relais. »

Marie Brassart-Goerg

Chiffres

    Grâce aux Veilleurs de châteaux, une initiative unique en France et qui sera bientôt présentée dans l'émission TV « Des racines et des ailes », 12 000 jours de travail bénévoles ont été cumulés depuis le début de l'opération avec en 2009, environ 1 600 journées-action (l'équivalent d'un jour avec 1 600 volontaires) et une aide départementale de 25 000 € par an. A cet entretien des ruines se sont ajoutés des travaux lourds de sécurisation et de consolidation faits par des entreprises sur 21 ruines concernées pour 2 700 000 € de fonds publics. A noter : la régression des cas problématiques suite au dispositif mis en œuvre.